La CST à 60 ans

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La CST à 60 ans
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La Commission Supérieur des Techniques se porte bien pour son age. Le 2 Novembre 2004, la CST fêtait  ses 60 ans. Comme le quotidien  « Le Monde », elle a été fondée juste après la libération de la France. Le 2 Novembre 2004, nous avons été invité à la cinémathèque de Chaillot pour fêter son anniversaire. Afin d’animer cette soirée, Yves Louchez et Pierre William Glenn ont remis le prix Vulcain de la CST à Eric Gautier, directeur de la photographie, pour  « Clean » d’O. Assayas et « Carnet de voyage » de Walter Salles.

J’étais très heureuse de pouvoir participer à cette soirée car j’ai une grande admiration pour le travail de Gauthier. Depuis 15 ans, j’apprécie ses innovations formelles qui  racontent toujours l’histoire du film.

Éric  avait choisi de nous présenter «  Rois et Reines « de Desplechin. C’est un film que je vous conseille d’aller voir. Desplechin nous avait  averti en présentant le film, qu’il y avait des poils sur cette copie, mais personne n’y avait cru. On aurait dit une blague vue la situation.  Et bien non, la CST et Éric Gautier ont eu le courage de nous présenter une copie tirée dans la précipitation.  Une copie rapidement tirée afin de permettre au film d’être sélectionné dans les festivals internationaux.

C’était très sympathique de voir que malgré les prouesses  techniques d’aujourd’hui, une copie issue d’un internégatif anamorphosé (tourné en super 35) pouvait avoir des défauts. Et comme d’habitude, cela n’a gêné personne pour être embarqué par  l’histoire.

 L’image  du film est très musicale, le film est syncopé par le montage et par les décadrages. Un très beau travail de montage.

Je me suis demandé si j’aurais le courage de décadrer avec autant de liberté. Le rapport établis  alors entre le réalisateur et le chef-op n’est plus un travail d’exécution, mais une coopération artistique.

J’ai demandé à Gauthier comment il osait cadrer ainsi. Il m’a répondu que c’était grâce à une parfaite connivence avec le réalisateur, il travaille toujours en grande complicité sur un projet. C’est très important pour lui.

C’est à travers des cas comme  le sien que l’on peut se demander si  être chef-op ne serait pas l’équivalent en apport artistique qu’un bon dialoguiste ou un musicien. On devient l’auteur d’un mouvement qui appartient à la sensibilité du cadreur. On le voit dans « Chroniques de voyage » ou dans «  Rois et Reines ». On reconnaît la « pâte » du regard de Gauthier.

Glenn et Louchez ont demandé à des intervenants divers de venir récompenser  le lauréat.

Emmanuelle Béart a commencé par parler des qualités humaines nécessaires à la beauté d’une image. Elle a rappelé combien est important le regard de celui qui est au Viseur. Comment elle, comédienne, peut s’épanouir si elle se sent en confiance, aimée, protégée par celui qui capte son image.

Apparemment  le regard de Gauthier dans « Les Destinées Sentimentales » lui a permis de jouer totalement avec la caméra, jusqu’au bout des ongles. Elle  n’était  jamais sûre qu’il n’irais pas cadrer cette main à gauche, en plein dialogue. Et ça, elle a beaucoup aimé les deux yeux ouverts de Gautier, l’œil gauche à la recherche du hors champ et le droit qui cadre. Cela l’obligeait à jouer complètement, comme au théâtre,  sans penser au cadre.

Elle a dit bien d’autres choses que j’ai oubliées, mais elle était sincèrement heureuse de remettre le prix à son partenaire  de jeu, l’homme à la caméra.

C’est à ce moment qu’on a vu la forme  carrée du prix Vulcain. Un pavé de verre pas évident à placer dans son salon. L’inscription Cinématographe, placée  au centre, sauve l’objet. En effet, elle rappelle le terme exact qui nomme le chef-op. J’aime beaucoup cette appellation pour décrire notre métier, cinématographe. 

Jean-Michel  Frodon était présent. Il était sur l’estrade lui aussi pour congratuler le technicien au nom des Cahiers. Cela fait plaisir de voir que la CST s’ancre dans l’art du  cinématographe tout en conservant un œil sur les nouvelles technologies.

Un peu plus tard dans la soirée, j’appris  qu’une intervention sur la couleur  à travers le signal  numérique  aurait lieu le lendemain soir.

Je m’y suis rendue. J’ai assisté à un cours magistral dans les locaux de la CST avenue de St Ouen. Un cours sur la couleur en numérique fait par plusieurs intervenants.Ils m’ont passionnée. Ils parlaient la langue des poètes :bit, signal, courbe, fréquence, diagramme, finalement des mots qu’on arrive  à percer. Merci la CST.